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ÉDITORIAL DU MARDI 31 AOÛT 2010
ALAIN CORNEAU. PREMIÈRE!

La semaine dernière, dans cette même colonne, nous défendions non sans réserves "Crime D'Amour", film plutôt déprécié de la critique et du public qui lui reproche son approche langienne, mathématiques et glaciale. Hier, malheureusement, son réalisateur est décédé des suites d'un cancer.

A l'heure qu'il est, nous confessons connaître plutôt mal l'oeuvre d'Alain Corneau. Etrange et informe filmographie façonnée d'un vrai métissage entre les cultures, les formes et les genres. Une manière qui n'est pas toujours appréciée, plébiscitée dans cette nation où l'éclectisme sert avant tout à faire se singulariser de quelque manière spectaculaire l'ego d'un nouvel auteur. Éclectisme dont l'héroïsme se doit toujours de se montrer agissant hors des marges du système. Corneau avait une conception plus archaïque de l'héroïsme:

il aimait plutôt endosser le costume rapiécé de l'artisan à l'ancienne qui est, l'histoire du cinéma l'a suffisamment montré, la plus grande des prétentions ou la plus orgueilleuse des humilités. Surtout si l'on était comme Corneau un immense cinéphile, une encyclopédie vrombissante des images.
Musicien de formation, jazzman, il a toujours cherché une fusion entre le naturalisme français et le cinéma de genre américain ou asiatique. Fusion du réalisme vers le zen dans le lugubre "Police Python 357" que l'on peut regarder comme un sequel giscardien à certains polars de Melville. Mélange bigarré qui vire à une forme d'abstraction dans le mal aimé remake du "Deuxième Souffle" du même Melville. Et entre eux?

Après le chef-d'oeuvre "Série Noire", ode à un rêve français de direction d'acteurs façon méthode Stanivlaski; il s'aventura dans une superproduction chiante comme le désert, "Fort Sagane". Il obtint la reconnaissance de ses pairs avec un faux grand film qui fut aux années 90 françaises ce que fut "L'Assassinat du Duc de Guise" au cinéma tout court: "Tous Les Matins du Monde" écrit par le maître à pondre des aphorismes imbitables: Pascal Quignard. L'auteur même que l'on ne peut déprécier sans paraître immédiatement un imbécile. Que l'on se rassure, chaque génération a son Quignard.

Avant d'être accusé de populisme, j'invite avant la rentrée nos lecteurs à découvrir en notre compagnie l'oeuvre de Corneau. Pour essayer de lui trouver une place dans cette histoire du cinéma qu'il aimait et qu'il connaissait si bien. Nous regarderons donc jour après jour un nouveau film du réalisateur de "Série Noire". Nous tenterons ensemble, en développant nos idées au fur et à mesure, de comprendre la spécificité de son oeuvre, de la (ré)évaluer et de savoir qui nous pleurons et ce que nous garderons de lui.

Rendez vous d'ici quelques jours pour la nouvelle grille de Cinema-take. En attendant, regardons les films de Corneau au lieu d'acquiescer servilement à des éloges qui se ressemblent tous.


signature Fred



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