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Sortie cette semaine
THE BOX de Richard Kelly
jeudi
5
novembre
2009
par Frédéric Mercier
CRITIQUE DE LA QUATRIÈME DIMENSION
Un dilemme moral immémorial traité comme un grand suspens hitchcockien ou alors un épisode flamboyant et critique de La quatrième dimension. Avec The Box, aussi jouissif que balourd, Richard Kelly continue de s'affirmer comme une personnalité étrange et ambitieuse du cinéma américain. A la croisée des genres, il poursuit sa route en inventant un style mystérieux et lyrique, mélange de références à la SF et de grands sujets existentiels .
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BANDE ANNONCE ET RETOUR DE RICHARD KELLY


Comme le réacteur d'avion de son premier film, Richard Kelly s'est écrasé en 2001 sur les écrans du monde entier avec un étrange et beau Donnie Darko qui fait encore jaser. Quelques années plus tard, alors qu'on l'attendait au tournant, il faisait encore parler de lui mais par défaut. Son deuxième film, l'indigeste Southland tales a été raillé à Cannes, il ne sortira jamais sur les écrans français. Sans doute, Kelly avait dû déjà commencé le tournage de The Box quand on lui proposa enfin d'éditer Southland tales en DVD. Une manière comme une autre pour les éditeurs de créer des afficionados de ce cinéaste de 35 ans et ainsi mieux faire attendre la sortie tant attendue du film avec la boîte. La campagne de The Box repose en partie sur un argument de départ solide et déjà célèbre et qui aurait sans doute fait saliver les producteurs carnassiers des années 80 tant il tient en quelques mots: choisissez entre une vie humaine et un million de dollars. Il n'en faut pas plus pour que tout le monde, dans les rues, à la vue de son affiche sombre, ne se pose la question profondément, et espère que le film alimentera confortablement nos passions de manière à en sortir victorieux et rassuré sur soi-même.

Dès l'exposition de ses personnages, Kelly distille de l'étrangeté au milieu de leur quotidien: Norma (Cameron Diaz) expose ses quatre orteils amputés à ses étudiants dont l'un deux semble sortir d'un Lynch ou d'un Kubrick: attitude prostrée, sourire menaçant, gestes répétitifs. Son mari, ingénieur à la NASA, est évincé d'une mission spatiale sans explications. Les petites contrariétés s'enchaînent comme par magie, comme pour rendre le dilemme de la boîte encore plus intense. Puis survient l'étrange et à moitié brûlé Mr Steward: une sorte de concept en soi, un homme à moitié dessiné, une figure à moitié vivante dont le trou qui recouvre son visage ne cesse de fasciner et suscite bien des questions et irrigue notre imagination. Kelly a toujours eu un certain sens graphique pour enflammer le spectateur à s'interroger, à voyager intérieurement. Steward, obséquieux comme ne peut l'être que quelqu'un de particulièrement important, propose au couple en difficultés financières ce dilemme. Norma tranche assez vite, elle appuie sur ce bouton. Son geste est celui d'une femme qui n'y croit qu'à moitié, espère encore en la venue d'un improbable Père Noël en qui son fils n'a jamais cru.
 
ÉTRANGE POLAR DE SCIENCE FICTION

Comme ses précédents films, The Box se situe à une période charnière de l'histoire américaine: un peu après l'élection de Carter. La reconstitution historique est sublime comme Hollywood est souvent capable de nous en offrir: du papier peint au moindre objet, des coupes de cheveux jusqu'aux caractères; on soupçonne ce beau couple fatigué d'avoir cru en l'idéologie estudiantine de la fin des années 60. Leur dilemme, leur choix est d'autant plus grave qu'ils ont jadis prôné la paix et l'amour. The Box se situe après l'éviction de Nixon, à la fin d'une décennie qui a vu se faner les fleurs des mouvements pour la paix. Après avoir appuyé sur le bouton, Norma et son mari verront sans cesse des individus leur rappeler le signe de la paix en tendant leur doigts. Une manière symbolique pour Kelly de signifier combien leur conscience déjà les travaille.

Kelly use d'une magnifique partition qui rappelle Bernard Herman pour intensifier chaque scène, chaque mouvement de son oeuvre, rendre chaque instant mystérieux et perdu dans un vaste jeu spatio temporel. Comme chez Lynch, chaque objet, chaque forme, chaque détail de l'intrigue nourrit l'ensemble comme s'il s'agissait d'un immense puzzle dont on pourrait acquérir les différentes pièces en répondant à des énigmes diverses sur la culpabilité, la religion, le libre arbitre, mais aussi l'histoire politique et scientifique de l'Amérique. Tous les problèmes moraux auxquels vont être exposés le couple vont s'incarner graphiquement sous nos yeux: Kelly use du numérique pour donner une forme organique à des symboles parfois lourdauds (l'épreuve de la rédemption avec les portes: à la croisée du jeu vidéo et de l'imagerie traditionnelle du baptême). Son film ainsi dévie peu à peu dans le genre préféré de Kelly: la science fiction symbolique aux contenus existentiels. C'est là où parfois le bat blesse tant il assène sa conception du monde par les mots et non par les images. Quelques personnages évoquent Sartre, parle un peu pompeusement. L'imagerie chrétienne est peu travaillé, sinon par de nouvelles technologies. Le propos moral, rédempteur, sacrificiel de Kelly est un peu fumeux. C'est le sens graphique qui fait la différence, la rencontre entre le sacré (la religion, la philosophie existentielle, une vision de l'Amérique au lendemain des crises ou des pertes de repères) et le profane (des arguments de SF, un imaginaire de comics, une croyance dans la fiction pure).

 
LA QUATRIÈME DIMENSION REVITALISÉE

The Box ressemble vraiment à un épisode surgonflé et majestueux de la série orginale de La quatrième dimension. Même inquiétante étrangeté à faire basculer le banal dans le fantastique, mêmes explications rendues plausibles par des éléments de science fiction pure et surtout même souci de bâtir avec des éléments incongrus des fables très morales, un peu puritaines. Depuis Donnie Darko , Kelly s'interroge sur le devenir de la Nation américaine: ses concitoyens auraient ils perdu leur âme? Peut on continuer à oeuvrer pour la communauté tout en ne pensant qu'à son seul confort individuel? Steward pourrait d'ailleurs être le double d'Ian Sterling, le créateur et scénariste de la série qui apparaissait toujours en début (parfois aussi à la fin) des épisodes pour expliquer, sous un langage un peu brumeux, l'enjeu moral de ce que nous allions voir. A force de vouloir faire le bien, et triompher quelques idées morales très convenues, Sterling embarquait les hommes dans un manège étrange et un peu sadique.

Steward trimballe ainsi une boîte de Pandore, qui se révèle vide, simple concept autour duquel Kelly peut bâtir son univers et proposer son interprétation du monde. Avec ce troisième film, souvent magnifique, parfois lourdingue, Kelly continue d'imposer un vrai style au cinéma mainstream: une manière de recycler la science fiction bas de gamme, de s'amuser avec une littérature de genre, pour en faire un cinéma mystérieux, très envoûtant et qui lorgne vers l'universel. Pour le moment, c'est à ça que l'on reconnaît le style de Richard Kelly, à sa propension à immerger dans le présent actuel des héros de comics. A ce jeu, il se révèle dorénavant plus intéressant à suivre, et à attendre, que Shyamalan.

Date de sortie cinéma : 4 novembre 2009

Réalisé par Richard Kelly
Avec Cameron Diaz, James Marsden, Frank Langella

Long-métrage américain.
Genre : Thriller, Science fiction
Durée : 1h55 min
Année de production : 2009

 



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