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Livre
PAS À PAS DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE
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lundi
22
février
2010
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par Frédéric Mercier
Retour sur le tournage parfois pénible de Dans la brume électrique, le dernier film américain de Bertrand Tavernier. Un journal de bord souvent passionnant où le réalisateur de L 627 évoque les différentes phases de l'adaptation du roman de James Lee Burke. Mais surtout, ce carnet de tournage s'avère un document précieux pour se faire une idée des infrastructures des tournages hollywoodiens.
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LES DÉSACCORDS D'UNE MÉLOPÉE CAJUN |
On aime autant lire Bertrand Tavernier que de voir ses films. L'année dernière encore, il a offert un monument à l'édition française avec Amis Américains, une somme de cinq kilos de ses entretiens avec quelques uns des plus grands cinéastes d'Outre Atlantique. Dans Pas à pas dans la brume électrique, il livre son journal des 41 jours de tournage de ce film présenté à la Berlinale de 2009. Exercice souvent passionnant où l'on retrouve le goût et la passion de ce grand cinéphile pour le cinéma américain auquel il tente d'apporter sa contribution. Outre les passages amusants où l'on apprend que John Goodman était souvent ivre sur le tournage, qu'il improvisa un tour de chant devant le grand bluesman Buddy Guy, on y découvre surtout la difficulté qu'il eut pour s'entendre avec son producteur Michael Fitzgerald et son monteur Roberto Silvi.
Celui-ci tenta d'imposer à Tavernier un découpage très hollywoodien du film auquel s'opposa le réalisateur de Autour de Minuit. Suite à ces mésententes, Fitzgerald sortit une version plus courte et plus classique du film directement en DVD. Le cinéaste s'explique longuement sur la manière dont Silvi et son producteur refusaient de l'écouter, le blessant souvent en lui rétorquant que ses films français étaient mal montés et que Dans la Brume électrique n'était en rien un film d'auteur. Passionné, Tavernier ne se laissa pas faire, et se mit souvent dans des situations fortes embarrassantes.
Ses relations avec Tommy Lee Jones auront également été difficiles. Si la star se montre très professionnelle, toujours juste et profond, réécrivant avec talent des scènes à la dernière minute (dont certaines des plus belles du film comme ce dialogue sur la compréhension avec Mary Steenburgen); il n'adressait presque jamais la parole à son cinéaste. Jones se protégeait derrière les jupes de Fitzgerald à qui il faisait part de ses doutes quant à la conception du film. Quelques anecdotes percent: notamment ce moment épique où Jones, en pleine nuit et ivre, veut changer le lieu du tournage alors que toute l'équipe est déjà installée. Tavernier réussit par un joli syllogisme à imposer sa décision, à faire changer d'avis à son acteur. Néanmoins, le lendemain, sous l'effet d'une gueule de bois pas possible, Jones se montre odieux et fait éclater son caractère bien trempé sur le plateau où Tavernier se sent humilié.
C'est là où le livre décolle vraiment quand on sent Tavernier pris en étau entre sa star et son producteur, incapable d'agir, agressé par les silences de Jones qui ne vient jamais lui dire les choses en face. On sent le réalisateur anxieux, dans l'impossibilité de s'exprimer, de tirer les événements au clair. Ces silences gênants rendent souvent ce tournage en Louisianne pénible et Tavernier déchante parfois. Il explique que le montage avec Silvi auront été parmi les moments les plus difficiles de son existence de cinéaste tant les deux hommes ne se comprennent pas et ne s'inspirent pas mutuellement. En comparaison, quand il revient en France, il peut respirer de nouveau et peut jouir enfin d'une authentique libération artistique.
On prend donc du plaisir à découvrir l'envers du décor hollywoodien vécu par un français. Chaque fois que le cinéaste veut changer quelque-chose, l'équipe américaine panique littéralement, incapable de réagir vite. L'infrastructure hollywoodienne ultra planifiée, avec sa division du travail conséquente, s'avère pour Tavernier une contrainte qui brime parfois sa liberté créatrice, son inspiration.
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PROMENADES SAVOUREUSES |
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Mais le livre aussi vaut pour quelques savoureuses promenades en Louisianne (ce qui déjà faisait une grande partie de l'intérêt du film) où l'on découvre les spécialités gastronomiques, l'histoire de cet Etat considéré comme une entité du Tiers Monde et qui a tellement souffert de l'Ouragan Katrina en 2005, donnée absente du roman de James Lee Burke (écrit en 1993) que Tavernier voulut absolument inclure dans son film. Le cinéaste s'étend sur la spécificité de la musique cajun, sur les paysages qu'il arpente à la recherche de lieux insolites pour ses scènes. C'est aussi l'occasion pour lui de dire son admiration et son amitié pour James Lee Burke (qui lui donna parfois de judicieux conseils) et surtout pour Philippe Noiret, son acteur fêtiche qui lui avait fait découvrir les romans de Burke. On peut suivre pas à pas donc la démarche du réalisateur, sa manière de travailler en cherchant sans cesse à casser les clichés, et à prendre exemple sur ses glorieux aînés. Ainsi, le cinéaste avait pris soin d'emmener dans sa valise quelques romans français et surtout les DVD des films de Carné, Renoir et Clouzot.
Flammarion LITTERATURE FRANCAISE (JJ) 14.90 €
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