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CET ÉTÉ
KUROSAWA À LA CINÉMATHÈQUE
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mercredi
28
juillet
2010
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par Frédéric Mercier
La Cinémathèque Française rend hommage tout l’été au grand cinéaste japonais dont l’œuvre et la vie ont été imprégnées de culture occidentale, d’échanges et d’amitiés avec les artistes du monde entier.
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NE PAS FERMER LES YEUX |
En 1923, le petit Akira Kurosawa accompagne son grand frère au milieu des décombres de Tokyo qui vient d’être ravagée par un terrible tremblement de terres. Le jeune garçon de treize ans n’ose pas regarder les cadavres qui s’amoncellent au milieu des ruines de la capitale japonaise. Son frère insiste, lui retire les mains du visage et lui dit: « Akira, regarde bien maintenant ». Le soir, alors qu’il pense être hanté de cauchemars, il s’endort paisiblement et se réveille tranquillement le lendemain matin. Etonné par la quiétude de cette nuit, il en demande la raison à son frère : « Si tu fermes les yeux devant un spectacle effrayant, la terreur va finir par te gagner. Si tu le regardes en face, il n’y a plus rien qui puisse te faire peur. » Cette leçon a sans doute marqué le futur cinéaste qui tout au long de sa vie allait vouloir montrer au monde le vrai visage de la nature humaine. Voulant aborder l’Homme dans sa dimension universelle, Kurosawa a ainsi dû mêler sa propre culture à celle de l’Occident.
« Il a appris l’art de la photo dans les films de Fritz Lang, celui de la dramaturgie dans Pirandello, sa musique est imitée de Ravel » Tel fut en 1950 l’avis d’un journaliste américain à la sortie de Rashomon. « C’est le plus occidental, le moins japonais des japonais » renchérissait un critique nippon. Tout au long de sa carrière, Kurosawa dut s’excuser d’avoir osé ouvrir le Japon à l’Occident sans pourtant jamais renier sa culture ni ses valeurs. Ainsi, Rashomon, Lion D’Or au Festival de Venise, Oscar du Meilleur Film Etranger, marqua le réveil du cinéma japonais sur le plan international.
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MORALISTE DÉÇU |
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Après la Deuxième Guerre Mondiale, le Japon survit sous l’occupation américaine. Les cinéastes cherchent un compromis entre la tradition nippone et le cinéma occidental qu’on leur impose. Kurosawa tire surtout des leçons de mise en scène du cinéma américain : montage rapide, très gros plans, mouvements de caméras expressifs. Mais au lendemain du conflit, il a d’abord à cœur de peindre le Japon tel qu’il est et non tel que les autorités ont voulu en imposer une belle image pendant la guerre. Il enchaîne donc avec plusieurs films aux accents néo-réalistes. Grand admirateur du Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica, il réalise avec L’Ange Ivre une évocation saisissante et sans concessions du Tokyo de l’Après Guerre. Pour Chien Enragé, il plonge dans les bas fonds de la capitale et dit s’être inspiré du réalisme de Georges Simenon, le créateur de Maigret.
Après le succès retentissant de Rashomon, il adapte L’Idiot de son écrivain préféré, Dostoïevski. Il partage avec l’auteur russe l’ambition de peindre l’ambiguïté de l’homme, partagé entre les pires bassesses et de très hautes aspirations morales. Mais l’un comme l’autre ne témoignent aucun mépris à l’encontre de leurs personnages. Seulement Kurosawa, qui en appelle à la générosité des hommes entre eux, conclue sur son impossibilité manifeste.
Avec Les 7 Samouraï, il trouve le compromis idéal entre le film réaliste, au service du peuple et le film de sabres. Ses guerriers aident des paysans à se débarrasser d’un groupe de brigands sanguinaires qui les rançonnent. Mais la controverse sur son présupposé occidentalisme s’accroit et on accuse Les 7 Samouraï d’avoir plus à voir avec le western qu’avec le film historique traditionnel. Impression qui sera bien entendue renforcée quelques années plus tard lorsque John Sturges s’en inspirera pour ses fameux 7 Mercenaires avec Steve McQueen et Yul Brynner. Le garde du Corps et sa suite Sanjuro comptent parmi les plus grands succès de sa carrière. Son acteur fétiche Toshiro Mifune incarne dans les deux films un rônin stoïque et malin qui règle ses comptes à des bandes de voyous dans le Japon féodal. Avec son héros débonnaire et sûr de lui, ses accents parodiques, son utilisation incessante de musique, ce diptyque réjouissant inspirera fortement Sergio Leone pour sa trilogie de L’Homme Sans Nom avec Clint Eastwood.
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Il adapte coup sur coup Shakespeare et Gorki avec respectivement Le Château de L’Araignée (inspiré de Macbeth) et Les Bas Fonds. Deux films où il montre encore un visage peu reluisant de l’homme, sans cesse assailli par ses passions et qui échoue à trouver le bonheur sur terre. Au niveau des thèmes, il est également loin d’épouser un regard strictement japonais. Convaincu que la notion de culpabilité est absente de la culture nippone, il inocule ce concept dans des films qui rejouent des codes connus de la dramaturgie japonaise.
Après l’échec de Dodescaden, son premier film en couleur, le cinéaste tente de mettre fin à ses jours. Il est remis sur pied grâce à des producteurs soviétiques qui lui demandent d’adapter l’un de ses récits préférés : les souvenirs d’Arseniev, un des premiers géographes à avoir foulé les étendues sibériennes. Il en résulte Dersou Ouzala, production soviétique qui gagnera en 1976 l’Oscar du meilleur film étranger et symbolisera un certain réchauffement diplomatique dans les affaires internationales.
Dès lors il va pouvoir goûter à la gratitude dont lui témoignent les cinéastes américains du Nouvel Hollywood. Georges Lucas s’inspire de La Forteresse Cachée pour la trame de La Guerre des Etoiles. Il coproduit avec Coppola la version internationale de Kagemusha, L’ombre du Guerrier, funèbre fresque moyenâgeuse qui se partage la Palme d’Or en 1980 avec All That Jazz de Bob Fosse. Ran, cinq ans plus tard, mêle savamment Le Roi Lear de Shakespeare aux conventions du théâtre Nô. Le film est produit par le français Serge Silberman. De retour au Japon en 1990, une vieille femme raconte Hiroshima à un jeune américain campé par Richard Gere dans Rhapsodie en août.
Il s’est ainsi nourri de culture occidentale et a donné à l’Occident matière japonaise à la rénovation de son propre cinéma. Peut-on s’étonner ainsi que le tout dernier plan qu’il ait tourné, à la fin de son ultime film Madadayo, le montre en train de jouer enfant à cache-cache sur fond d’un tableau du Japon inspiré de Van Gogh? Peintre universel dont Scorsese endossa les habits pour lui dans Rêves qu’avait produit Steven Spielberg. Le réalisateur de Ragging Bull a d’ailleurs eu longtemps en tête de réaliser un remake d’Entre Le Ciel et L’Enfer, vieux polar conçu par celui qu’il considère comme un prodige de la nature dont l’œuvre constitue un véritable don au cinéma et à tous ceux qui l’aiment.
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