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ÉDITORIAL DU MARDI 5 JANVIER 2010
L'AVATAR

Avant, l'église arborait ses richesses pour imposer sa domination sur les âmes. Tant de dorures, tant de magnificences ne pouvaient qu'effrayer et convertir ses sujets à la peur et au silence. Aujourd'hui, comme depuis plus d'un siècle, Hollywood continue d'afficher à la vue de tous son extraordinaire puissance. "Avatar", le dernier joujou de James Cameron, est un film qui en met plein la vue. A l'instar de son héros handicapé, le spectateur cloîtré dans son existence ordinaire, peut, en chaussant ses lunettes 3D, être transporté sur la planète Pandora. Un héros qui réalisera en fin de croisière le rêve impossible de tout spectateur: ouvrir les yeux et être enfin passé de l'autre coté de la toile, dans la virtualité.

Dans les années 50, les producteurs avaient demandé aux ingénieurs d'inventer des moyens infaillibles pour récupérer les spectateurs restés chez eux à regarder le nouveau médium télévisuel. L'Âge d'Or classique laissait sa place à une ère baroque, où avec le Cinémascope, par exemple, quelques grands artistes réussirent ô combien à tirer leur épingle du jeu. Parmi tous ces gadgets technologiques, on repensa à la 3D et même Hitchcock, qui mesurait la qualité de ses films à leur succès, s'essaya au procédé pour "Le crime était presque parfait".

Depuis dix ans, on attendait de voir Hollywood réagir à l'incroyable inventivité narrative des scénaristes de télévision qui avaient réussi à exploiter le gain de temps que leur conférait le format feuilletonesque. On peut s'amuser à penser qu'"Avatar" est la plus tonitruante contre attaque hollywoodienne portée à l'encontre des méandres scénaristiques des séries. James Cameron nous parlait d'une révolution: on peut en effet penser qu'après le succès foudroyant de son film qui a déjà remporté un milliard de dollars en deux semaines, rien ne sera plus désormais comme avant.

"Avatar" est l'un de ces rares films dans l'histoire du cinéma a avoir été vendu au monde entier avec son dossier de presse: tout la planète Terre savait avant d'aller le voir combien il avait coûté, combien de temps il avait nécessité et combien il allait changer la donne d'un strict point de vue technologique. Depuis quelques temps déjà, Cameron avançait bille en tête comme un bon VRP de la 3D, pressé de transformer Hollywood, et le monde avec, grâce à son bijou.

Je vais sans doute ainsi passer pour un pisse froid en m'incluant parmi tous ceux qui furent déçus par le film. Désappointé évidemment par le script linéaire comme jamais ne le fut un scénario depuis bien longtemps, attendu et convenu comme l'univers qu'il dépeint et qui m'a rappelé, en moins amusant, mille BD de mille auteurs cloîtrés encore dans l'anonymat. Reste donc au milieu de cet intersidéral Pocahontas paternaliste, la technologie époustouflante qui vous fait voyager dans un autre monde, vous englobe, vous désarçonne.

Reste donc le spectacle de la technologie qui s'offre à vous et s'impose avec force et fracas, vous foudroie et vous anéantit.


signature Fred



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