|
|

|
Festival DE CANNES 2010
DES HOMMES ET DES DIEUX BIUTIFUL UN HOMME QUI CRIE
|
|
mardi
18
mai
2010
|
par Frédéric Mercier
Billet sur trois films en Compétition officielle: le français "Des Hommes Et Des Dieux" de Xavier Beauvois, le mexico espagnol "Biutiful" de Innaritu et le tchadien "Un Homme qui Crie" de Mahamat Saleh Harou.
|
|
|
|
DES HOMMES ET DES DIEUX DE XAVIER BEAUVOIS |
Dieu qu'il était attendu celui-là. Après dix jours d'une Compétition qui cumule les mécontents, on trépignait de pouvoir découvrir le nouveau film du réalisateur du "Petit Lieutenant", polar français ultra réaliste qui n'était pas sans rappeler le "Police" de Maurice Pialat.
Beauvois revient sur les derniers jours des sept moines de Tibhirine enlevés par des groupes terroristes extrémistes qui voulaient renverser le gouvernement algérien au milieu des années 90. Son film, beaucoup moins agité que son précédent, concentre son attention sur la vie monastique, la manière dont celle-ci est inquiétée par de sanglants événements extérieurs. Mais ce qui semble surtout intéresser Beauvois, c'est le rôle de ces moines dans une région appauvrie et sur le choix offert à ces hommes de Dieu de quitter ou non leur monastère.
Sa mise en scène se réduit à deux effets: filmer de longues séances liturgiques en plans séquences immobiles et enregistrer les rituels. A l'extérieur la caméra de Caroline Champetier cadre ces curieux hommes en soutane au milieu de paysages grandioses. La lenteur du procédé ne précède jamais ses personnages. Beauvois se contente d'essayer de percer ce qui se trame dans cette communauté religieuse, la manière dont peu à peu ils vont choisir par devoir de rester au monastère malgré les agressions répétées dont ils sont victimes.
Beauvois semble éprouver autant d'admiration que de fascination pour ces individus qui ont fait du message d'amour christique leur leit motiv. A la manière des groupes professionnels du cinéma mondial, ces hommes sacrifient leurs craintes et leurs désarrois à leurs devoirs. Le film culmine dans une scène incroyable portée par la musique du "Lac Des Cygnes" où, simplement, en filmant les visages doux et tristes de ses personnages, Beauvois tente de percer le mystère de l'infini compassion humaine. Parmi ces héros sacrifiés, Michael Lonsdale et Philippe Laudenbach illuminent de leur présence silencieuse ce film qui opte pour le choix de la douceur pour mieux faire ressentir l'indicible violence d'un pays tourmenté.
Drame, Guerre Réalisé par Xavier Beauvois Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Philippe Laudenbach...Voir le casting Sortie : 8 septembre 2010 Durée : 2h00 Production : 2009 Pays : France Sortie pays d'origine : 2010 Distribué par : Mars Films
|
|
 |
 |
|
|
BIUTIFUL DE ALEJANDRO GONZÁLEZ IÑÁRRITU |
|
Comme à chaque fois qu'il présente un film en Festival, le mexicain Alejandro González Iñárritu divise franchement la critique. "Biutiful", son quatrième long métrage ne fait donc pas exception à la règle. On entendait, après une séance bondée, les spectateurs se disputer sur les qualités d'un film qui n'en manque guère. Si "Biutiful", pour la première fois, n'a pas été écrit en collaboration avec le romancier mexicain Guillermo Arriaga, il ne diffère pas de la méthode du cinéaste. Resserrant cette fois-ci l'intrigue sur le long calvaire christique d'un homme en phase terminale d'un cancer généralisé, Innaritu promène son héros au milieu de plusieurs intrigues censées dresser un portrait des fractures sociales en Espagne. Ainsi, l'extraordinaire Javier Bardem, dans un rôle proche de celui qu'il tenait dans "Mar Adentro" de Amenabar, trouve du travail à des émigrés clandestins à Barcelone tandis qu'il doit veiller sur ses deux enfants, abandonnés par une mère bipolaire, alcoolique et irresponsable. "Biutiful" raconte les dernières semaines de la vie de cet homme qui accumuler les déceptions et les échecs.
On pourra reprocher au film de n'être qu'un piteux tire larmes misérabiliste, sans aucune porte de sortie. La mise en scène d'Innaritu, étouffante à souhait ne se concentrant qu'à accumuler les effets mélodramatiques de fausse compassion humaine. Ainsi, il fait porter à ses acteurs des micros cravattes quand ceux ci s'étreignent, s'embrassent, pleurent sans cesse dans les bras des uns et des autres.
Mais, il ne faudrait surtout pas négliger la puissance générale du film: depuis toujours Innaritu a inventé un style qui lui est prore. Il filme les drames comme des films d'action grâce à un ingénieux montage et une direction d'acteurs énergique et physique. Innaritu, peintre pompier, et réalisateur éminemment instinctif, confère puissance et grandeur à ses personnages. Dans les scènes domestiques, au cours de repas de famille, il fait preuve d'une vraie attention, donnant à ses moments d'accalmie une vraie profondeur humaine et une authentique vérité. Si on peut bouder la volonté du cinéaste de nous arracher des sanglots, il ne faudrait pas se méprendre sur ses attentions: le mélodrame est un genre beaucoup plus apprécié dans les pays d'Amérique centrale et du Sud que dans notre froide et vieillissante Europe. Avec talent, un acteur incroyable, Innaritu a offert l'une des oeuvres les plus puissantes de ce Festival, un film que l'on imagine pas absent du Palmarès.
|
|
 |
 |
|
|
UN HOMME QUI CRIE DE MAHAMAT-SALEH HAROUN |
|
Avec une simplicité de ton qui n’est pas sans rappeler Ozu, le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun nous conte la douce histoire d’un père qui tente en vain de résister à une guerre absurde.
Premier film tchadien concourant en Compétition Officielle à Cannes, Un Homme Qui Crie est un film de guerre calme. Toujours reléguée en arrière plan comme une lointaine détonation, le conflit entre armée et rebelles n’est quasiment jamais montré. Le cinéaste s’intéresse plutôt à nous en montrer les conséquences sur des personnages qui ne peuvent en aucun cas y échapper.
Adam, vieux champion de natation, est depuis plus de trente ans maitre nageur dans un hôtel international sur le point d’être privatisé. Exerçant sa profession depuis peu avec son jeune fils, il est forcé de laisser sa place à celui-ci à son grand dam. Devenu garde de l’établissement, il ne supporte pas son humiliation et offre son fils à l’armée comme contribution à l’effort de guerre.
Un Homme Qui Crie est donc le drame d’un homme à qui la guerre va voler sa situation sociale, son identité, sa dignité et son fils. La mise en scène, aussi rigoureuse que douce, suit à la trace, et dans un profond silence, le calvaire morale et physique d’un personnage âgé qui ne veut pas disparaître. La force principale de ce premier long métrage réside dans la compassion d’une caméra toujours à la bonne distance pour approcher les individus. En traitant d’emblée de la question de l’identité sociale d’Adam, le film s’ancre dans le quotidien d’un pays méconnu et toujours en proie à la guerre civile. Quelques scènes aussi simples qu’émouvantes contribuent à faire de ce cri l’un des plus réussi pour le moment de la compétition.
Date de sortie cinéma : 22 septembre 2010
Réalisé par Mahamat Saleh Haroun Avec Youssouf Djaoro, Diouc Koma, Emile Abossolo M'Bo, plus
Long-métrage français , belge . Genre : Guerre , Drame Durée : 01h32min Année de production : 2010 Distributeur : Pyramide Distribution
|
|
 |
 |
|
| AJOUTEZ VOTRE COMMENTAIRE |
|
|
|