|
|

|
Sortie dvd
DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE de Bertrand Tavernier
|
|
jeudi
16
avril
2009
|
par Frédéric Mercier
En portant à l'écran le roman de son ami James Lee Burke, Tavernier en profite pour réaliser le thriller américain de ses rêves. Le résultat s'avère à la fois attachant, généreux mais un tantinet frustrant.
|
|
|
|
|
UN FILM RÊVÉ ET DÉDICACÉ À PHILIPPE NOIRET |
Détective scrupuleux et honnête, Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) enquête sur le meurtre de plusieurs jeunes filles assassinées dans des conditions particulièrement malsaines. Au cours de son investigation, il fait la connaissance d'Elrod Sykes, une star hollywoodienne venue en Lousiane pour tourner un film produit par le chef de la pègre locale (John Goodman). Lors d'une conversation, Elrod confie à Dave avoir vu dans le bayou le corps décomposé d'un homme dont le signalement concorde avec la victime d'une affaire non élucidée quarante ans auparavant.
Grand admirateur du cinéma d'Outre Atlantique, écrivain cinéphile de références en France, Bertrand Tavernier a sans doute toujours dû rêver de pouvoir réaliser à son tour un vrai thriller américain. Aussi grand connaisseur de la littérature américaine que de son cinéma, son choix s'est finalement porté sur le roman fameux de l'un de ses nombreux amis lointains: Dans la brume électrique des morts confédérés de James Lee Burke. Le cinéaste avait voulu ouvrir son film par une dédicace particulière: A Philippe Noiret qui aimait tant les romans de James Lee Burke. Malheureusement, les puissantes guildes de scénaristes et de cinéastes lui ont fait comprendre que s'il faisait cela, il diminuerait leurs statuts. Las, Tavernier a dû renoncer à ses intentions. Ce n'est qu'une des nombreuses mésaventures dont a pâti ce nonchalant polar mené par un Tommy Lee Jones génial en flic scrupuleux, terrien, solide, empiriste, hanté par son passé et parfois dépassé par des accès de rage incontrôlée.
Si le tournage dans les bayous s'est avéré difficile, la personnalité de Tommy Lee Jones lui-même n'a pas facilité le bon déroulement des opérations. La star voulait tout contrôler. Tavernier n'en était pourtant pas à son coup d'essai avec les caprices des stars hollywoodiennes: déjà, en 1980, il avait dû se battre pour arriver à faire jouer comme il l'entendait Harvey Keitel dans La mort en direct, au coté de Romy Schneider. Le cinéaste a essayé de ne pas édulcorer à la sauce hollywoodienne le décor, les coutumes et les accents des bayous de Louisiane. Il a dû également prendre en compte les dégâts causés en 2005 par l'Ouragan Katrina. Malgré ou à cause de toutes ces précautions d'usage, le producteur Michael Fitzgerald a cru que le film était trop lent pour pouvoir sortir en salle. In the electric myst n'est donc paru aux Etats-Unis qu'en Louisiane et en DVD dans une version tronquée. A ses propres dépens, Tavernier a fait l'expérience malheureuse de tant de grands cinéastes américains dont il a toujours admiré la capacité à oser se battre contre les puissances financières.
|
|
 |
 |
|
|
NONCHALANCE DU VOYAGE SUR LES EAUX |
|
Dans la dédicace qu'il m'a faite à la première page de son livre Amis américains, Tavernier décrit le chef-d'oeuvre de Howard Hawks La captive aux yeux clairs (The big sky; 1952) comme un film nonchalant et dont James Lee Burke lui avait recommandé de lire le roman dont il était inspiré. Si Dans la brume électrique est bien l'adaptation cinématographique du roman préféré de l'auteur lui-même, c'est aussi un film extrêmement nonchalant. C'est ce qui en fait son charme incontestable.
Le personnage campé par Tommy Lee Jones va d'aventures en rencontres à mesure qu'il progresse dans son enquête dans les marais. Il arrête une star hollywoodienne en train de rouler trop vite sur une paisible route de campagne. Il rend visite au chef de la pègre locale pour discuter. A table, face à son ennemi symbolique, il papaute avec l'un de ses hommes de main. Il rentre chez lui, croise sa femme qu'il néglige un peu, retourne enquêter ect... Dave se déplace dans un gros pick up américain, il sillonne des paysages marécageux qu'il connaît par coeur, arpente le territoire comme un chasseur sur ses terres. Une très belle musique cajun accompagne ses déambulations calmes mais tourmentées à travers le pays et sa propre mémoire.
L'enquête de Dave s'apparente vite à un jeu intérieur, un retour vers le passé, vers une sombre histoire non élucidée, un meurtre que Dave avait jusque là préféré occulté de ses souvenirs. Dave fait aussi la connaissance d'un vieux général confédéré et mort qui l'aide à se rappeler et à garder intact ses convictions morales. Cette promenade avec la mort, itinéraire intérieur vers la vérité, dresse le portrait d'une société corrompue par les puissances financières, la Mafia, la bêtise. Le cinéma n'est pas épargné de cette charge: art industriel qui parfois nécessite l'apport de capitaux louches. Dave n'est jamais sensible à la superficialité du monde du cinéma, il erre sans sourciller dans des fêtes vulgaires où s'étale l'infâme parrain local campé par ce bon vieux John Goodman (Barton Fink; The big Lebowski) disparu des écrans il y a quelques années.
|
|
 |
 |
|
|
DÉCEPTION RELATIVE |
|
La nonchalance de l'enquête, le charme du personnage de Dave interprété par un génial Tommy Lee Jones font immanquablement le prix de ce film. Il est à parier que Dans la brume électrique va gagner en intensité en vieillissant. C'est un film attachant, d'une grande générosité dont on peut aimer les épisodes, les conversations, les scènes. C'est du cinéma à l'ancienne, avec de vraies situations de scènes, de vraies mises en place et qui porte un regard aigu et attendri sur la Louisiane, son passé raciste et sur les répercussions des crimes du passé. Tout agi ici comme si les hommes cherchaient à dissimuler dans la brume marécageuse leurs erreurs.
Malheureusement, la voix-off, sans doute d'inspiration littéraire, n'apporte rien, surligne les effets, alourdit la fluidité entre les scènes. Arrivé en bout de séance, on reste interdit comme s'il manquait encore quelque-chose à ce film si attachant. L'émotion ne point jamais à force d'avoir voulu la contenir. Comme souvent chez Tavernier, le cinéaste se refuse à tant d'effets, tant de sentimentalité qu'il subsiste une absence dans le film. Tavernier, qui a du métier et du talent, appose toujours trop de son cahier des charges du bel ouvrage sur son propre cinéma. Son film manque ainsi parfois de tripes. La conclusion, emmenée par cette voix-off sans intérêt, déçoit comme si elle avait été bâclée. En fait, le film nonchalant avance par petites étapes. Quand survient le dénouement, tout va trop vite. Le film s'éteint lointain Dave avec, perdu dans ses bayous du bout du monde des vivants.
Date de sortie : 15 Avril 2009 Réalisé par Bertrand Tavernier Avec Tommy Lee Jones, John Goodman, Peter Sarsgaard Film français, américain. Genre : Policier Durée : 1h 57min. Année de production : 2008 Titre original : In the Electric Mist Distribué par TFM Distribution
|
|
 |
 |
|
| AJOUTEZ VOTRE COMMENTAIRE |
|
|
|