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Spéciale berlinale
CATERPILLAR de Koji Wakamatsu
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mardi
16
février
2010
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par Frédéric Mercier
Un huis-clos oppressant, souvent insoutenable qui plonge le spectateur dans une situation morale impossible.
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SITUATION MORALE IMPOSSIBLE |
Depuis quelques années, le vénérable Koji Wakamatsu s'est donné pour rôle de raconter l'histoire du Japon à l'Occident en révélant des épisodes troubles ou en dévoilant les contradictions de son pays. Caterpillar ne fait pas exception à la règle. Déjà l'année dernière il avait présenté United Red Army ou le récit d'une prise d'otages meurtrière qui avait eu lieu après la révolte d'étudiants communistes. Durant trois heures, il s'intéressait aux liens entre des hommes prisonniers d'un espace clos et analysait leurs rapports de pouvoir, de domination, faisant d'une cabane la métaphore d'un système politique autarcique. Caterpillar poursuit cette réflexion sur les rapports de maîtres à esclaves entre les individus au travers d'un couple improbable. Un soldat participe à un viol collectif avant d'être blessé durant la seconde guerre mondiale. On l'ampute des deux bras et des deux jambes et le rend à sa femme qui se fait un devoir de s'occuper de celui que l'on considère désormais comme un véritable "Dieu de la Guerre".
L'homme, qui a également perdu l'usage de la parole et de l'ouïe, est réduit à sa fonction végétale: il ne fait que manger, dormir, déféquer et impose à son épouse consentante des rapports sexuels répétés. Au-dessus de sa couche où il dort toute la journée, son épouse a déposé un article de journal élogieux à son sujet, les médailles qu'il a reçues pour son sacrifice et le portrait de l'Empereur et de l'Impératrice. Chaque fois que sa femme tente de se défiler et ne pas répondre immédiatement à ses caprices, elle regarde ces photos et se persuade qu'elle doit toutes ces attentions à celui qui a su tout perdre pour son pays. Mais le doute s'installe très vite, plus elle comprend que son mari n'est plus qu'un légume tyrannique, plus elle se demande comment cette chose peut encore être considérée comme un Demi-Dieu. Pour se venger de cet époux qui jadis la battait, mais aussi pour jouir de la gloire d'être au coté d'un symbole du sacrifice national, elle le promène chaque jour dans une brouette pour le montrer en exemple. Séances insupportables pour l'ancien soldat qui ne peut exprimer combien ces ballades sont des impostures qu'il arrive de moins en moins à supporter.
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DE L'INTIME AU TRANSCENDANT |
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Caterpillar appose le conflit conjugal à un autre tout aussi oppressant: le drame d'une âme prisonnière de sa conscience. La claustrophobie est partout: tant dans cette chambre nuptiale où les deux amants doivent affronter la réalité que dans la tête du soldat incapable d'achever son propre calvaire. Les deux conflits intimes posent bien des questions sur la nature humaine, la guerre en général à un spectateur pris en otage dans un drame sans échappatoires, sans portes de sortie. Pendant une heure et demie, le spectateur est forcé de s'interroger lui-même sur ses propres définitions de l'âme et du corps. A ces questions transcendantes Wakamatsu réussit, en distillant des images d'archives, à élever les conflits intimes vers une réflexion sur le sacrifice de la Nation, la mort des soldats et la guerre en général.
La mise en scène est d'un classicisme proverbial. Les codes, le découpage de la dramaturgie traditionnelle japonaise sont respectées si bien que l'on se demande si Wakamatsu n'a pas tenté de filmer son histoire comme si elle avait été racontée au cours de la période qu'il traite. Plus la tension gagne le couple, plus l'horreur s'installe et Caterpillar finit par rappeler l'un des vieux classiques du maître: Quand l'embryon part braconner, huis clos tout aussi insupportable sur un homme qui passe ses journées à torturer une femme, réduite à un objet. Réflexion déjà politique qui usait de la dialectique du maître et de l'esclave pour figurer l'inégalité des rapports de classe au Japon. Ainsi Caterpillar poursuit le travail du vieux maître sur la manière dont les hommes forcent la morale pour user d'autrui. La radicalité de son procédé risque de provoquer des remous, ou alors d'impressionner par sa force brute et l'évidence avec laquelle nos convictions philosophiques sont mises à mal.
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FICHE COMPLÈTE |
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CAST Shigeko KUROKAWA: Shinobu TERAJIMA Kyuzo KUROKAWA: Shima OHNISHI Kenzo KUROKAWA: Ken YOSHIZAWA Tadashi KUROKAWA: Keigo KASUYA Chiyo KUROKAWA: Emi MASUDA The village chief: Sabu KAWAHARA The wife of the village chief: Maki ISHIKAWA The Headquarters officer: Daisuke IIJIMA Chinese woman #1: Maria ABE Chinese woman #2: Mariko TERADA Chinese woman #3: Yasuyo SHIBA Japanese soldier: Ryo MUKUTA Yayoi: Taneko Toshiko: Naoko ORIKASA Villageman #1: Sanshiro KOBAYASHI Villageman #2: Takaaki KANEKO Military officer #1: Go JIBIKI Military officer #2: ARATA KUMA: Katsuyuki SHINOHARA The voice of the radio: Ichiro OGURA CREW A Wakamatsu Production, Inc. and Skhole Corporation Production Producer Koji WAKAMATSU Co-producer Noriko OZAKI Screenplay Hisako KUROSAWA Deru DEGUCHI Line Producer Takahito OBINATA Cinematographer Tomohiko TSUJI Yoshihisa TODA Camera assistant Yusaku MITSUWAKA Lighting Director Reiji OKUBO Lighting assistants Taku TAKAHASHI Mio WAKISAKA Musical Director Mamoru KO Music Sally KUBOTA Yumi OKADA Musicians Aya NAKAMOTO MITUKO Mai TANAKA Sound Mixer Yukio KUBOTA Boom operator Chinsui SON Editor Shuichi KAKESU Assistant editors Kumiko SAKAMOTO Momoko ISHIDA Art Director Hiromi NOZAWA Assistant directors Orie FUKUSHI Eri HANAKI Soichiro ODA Daisuke SUDA Wardrobe Masae MIYAMOTO Assistant Wardrobe Chino KOMATSU VFX Supervisor Masaru TATEISHI VFX Director Kazuhiro NISHIO Special Make-up Supervisor Akiteru NAKADA Special Make-up Artists Fumie IIDA Takahiro HASHIMOTO Making Of Tetsu KIMATA Casting Ryoji KOBAYASHI
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